couleurs des canons français

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lionelrus
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couleurs des canons français

Message par lionelrus » lun. 11 janv. 2021 22:41

Il semble que moults joueurs français peignent les canons en vert foncé. Mais j'ai lu dans un funken qu'en fait le "gros vert" est un mélange d'ocre et de noir.
Qu'en pensent nos experts?

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Titi
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Re: couleurs des canons français

Message par Titi » mar. 12 janv. 2021 07:48

Salut mon Yoyo, c'est exactement ça mais la croyance populaire à la vie dure et voir un canon français qui n'est pas "vert" laisse perplexe ...après il y a certainement un fondement entre les variations de couleurs dues aux intempéries etc....

voila un texte intéressant de Th. Melchior sur le sujet
https://silex-et-baionnette.forumactif. ... t-francais

Image

A bientôt de te voir :D

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Re: couleurs des canons français

Message par Raph » mar. 12 janv. 2021 09:31

En fait c'est beaucoup plus compliqué qu'il n'y parait et cette illustration n'est pas du tout représentative de la couleur des affûts français. Le "vert" des canons français comporte bien de l'ocre donc vire au vert kaki mais très foncé.

La complexité de la chose vient du fait de la réutilisation d'affûts de capture ou repeints sur le terrain avec les moyens à disposition et de l'interprétation (parfois douteuse) des teintes par les artistes.

Bref a notre niveau pas de quoi se prendre trop la tête en fait : un vert foncé fera l'affaire et un vert plus clair figurera une couleur plus usée. Une couleur plus exotique figurera un affût de prise.

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Re: couleurs des canons français

Message par Père Castor » mar. 12 janv. 2021 13:09

Bon, je présume que les lecteurs de ce forum ne désirent pas se rendre sur celui d'une autre règle… ;)
Je copie donc ci-dessous le message de Monsieur Bruno Masson qui explique ses essais et nous donne les bonnes teintes, malheureusement toutes les photos des différents essais ont disparu sauf une que j'ai sauvegardée : la palette de teintes, et heureusement car c'est la plus importante.
Je vous engage donc à vous baser sur la palette de teintes ci-dessous pour peindre vos affûts français « à la nuance » que vous voudrez !
Aparté : ceux qui ont déjà peint des objets en bois avec la peinture à l'ocre (farine plus ocre) savent que cette peinture est très couvrante (elle masque totalement l'ancienne peinture).
Historiquement vôtre,
Thierry Melchior
———

Le message de Monsieur Bruno Masson :
Un sujet pour les artilleurs de passage

Cela fait longtemps que je m'interrogeais sur la couleur « gros-vert » (dit : vert olive) utilisée pour les affûts d'artillerie, j'avais vu il y a longtemps dans un Tradition magazine, qu'elle était faite avec de l'ocre jaune et du noir de fumée.

Extrait du Tradition Hors-série n° 23 - p 72 :
« Couleur
La couleur « gros-vert » de l'artillerie est définie par le règlement de 1801.
Cette couleur, dite également olive, est faite avec de l'ocre jaune et du noir à la nuance qu'on veut.
Elle est ordinairement faite de cinq livres d'ocre jaune et d'une demi-once (vingt-cinq grammes) de noir de fumée.
Le noir des ferrures se fait avec le même noir de fumée auquel on a joint un peu d'ocre pour lui donner de la consistance.
Il faut deux livres et demi pour une livre de noir.
Le rouge est fait avec de l'ocre rouge et le blanc avec de la céruse.
 »

Donc, le règlement dit que le gros-vert est fait « à la nuance qu'on veut » mais que les proportions sont ordinairement de cinq livres d'ocre (2,5 kg) pour une demi-once (25 g) de noir de fumée (donc, en poids, 100 fois plus d'ocre que de noir).
J'avais, depuis longtemps envie de savoir à quoi cette couleur ressemble vraiment, aucune pièce d'artillerie n'est peinte comme une autre, en reconstitution, et, surtout, très peu me semblent aptes - a priori - à recevoir la dénomination de « gros-vert » que j'assimile à quelque chose de foncé comme le « gros-bleu ».
Mais je peux me tromper, donc aujourd'hui, je teste !

Ce sont des pigments très bon marché et faciles à se procurer à l'époque, pour l'expérience j'ai utilisé de l'ocre de puisage (ocre français, logique d'un point de vue « facilité d'approvisionnement » et « coût »).
Quant au noir de fumée (noir à tendance très bleuté) il est obtenu en posant une plaque de verre au-dessus d'une lampe à huile, on racle le noir qui se dépose sur la plaque et c'est prêt à l'emploi ! Mais j'ai deux adresses de fournisseurs si certains sont intéressés.

Aparté : ce pigment est très léger et par conséquent, plus facile à broyer à l'huile qu'à l'eau… si on voulait le broyer à l'eau - acrylique, aquarelle, etc. - il faudrait l'humecter un peu avec de l'alcool, sinon il se mélangerait très difficilement au liant.

Pour cette expérience, j'ai interprété les quantités données dans ce texte en prenant en compte les méthodes et usages en cours chez les peintres du XVIIIe.

Par exemple, aujourd'hui, il paraîtrait normal d'ouvrir un pot de noir et un pot d'ocre et de peser les liquides qui en sortent.
Or, à l'époque le tube de peinture n'existait pas, le pot de peinture non plus !
On utilisait des pigments bruts (poudre) qui étaient ensuite broyés avec de l'huile siccative au moment de l'emploi. Ces huiles polymérisées au soleil, ou siccativées par cuisson (avec adjonction ou non, de sels métalliques) donnaient des temps de séchage similaires à ceux que nous connaissons (une nuit ou deux).

Raison pour laquelle il me paraît « historique » de peser les pigments en poudre avant qu'ils ne soient broyés.
C'est important, car l'ocre - à « viscosité finale » égale (demi-pâte fluide) - nécessite une quantité d'huile de broyage différente de celle nécessaire pour le noir de fumée.
Donc, si on pèse les deux pigments après les avoir broyés, la quantité d'huile (variable suivant les pigments), influencera forcément la pesée… donc la teinte.
Comme rien n'est précisé à ce sujet dans l'extrait de règlement et que ni le pot ni le tube n'existaient à l'époque, je pars du principe que ce poids est indiqué en fonction du produit sous sa forme « stockée », c.-à-d. le pigment de base, non encore broyé à l'huile. C.Q.F.D.

Comme je n'ai pas d'énormes quantités d'ocre de puisage à gaspiller. ;) J'ai procédé de façon « semi-précise » pour cette expérience, mais je me propose de la refaire grandeur nature, si des artilleurs souhaitaient repeindre leur « bébé » :
Pour l'instant, j'ai pesé 250 g d'ocre (en l'occurrence, c'est fiable).
En revanche, pour obtenir la quantité de noir de fumée, j'ai pesé 5 g de noir (j'ai quand même utilisé un pèse-lettre).
Et ensuite, j'ai partagé physiquement ces 5 g en quatre pour obtenir à peu près 2,5 g (semi-fiable).
Jugez sur cette photo des quantités en présence ! beaucoup d'ocre pour très peu de noir :

On pourrait s'attendre à obtenir un résultat très clair ? (genre : orange/kaki)… mais attendez !!
Faites confiance à l'étonnant pouvoir tinctorial du noir de fumée (beaucoup plus élevé que celui de l'ocre).
J'ai encore partagé les tas en deux (économie) et on malaxe (les pigments sont vendus tellement fins aujourd'hui (trop) qu'on ne peut plus vraiment parler de broyage, malaxage est plus approprié… c'est pourquoi j'ai définitivement abandonné la mollette en verre au profit du couteau à palette).

Une fois peint sur un support enduit de blanc, on est très proche d'un Pantone 448 C (pour ceux qui posséderaient un nuancier)ou 4B452C en hexa… ce qui est vert/ marron très foncé.

Évidemment, les légères incertitudes de calcul que j'ai délibérément instaurées par souci d'économie (noir), enlèvent un peu de précision à l'étude, mais le règlement précise bien : « à la nuance qu'on veut… » !
Pour y pallier, j'ai fait quelques variantes en ajoutant de l'ocre, afin de modifier légèrement la nuance… (à venir), mais voici reconstituée une approche fiable de la couleur « gros-vert », elle est étonnamment proche de couleurs militaires modernes.

Ce qui est sûr, c'est que l'appellation « gros-vert » prend ici tout son sens, ce qui - pour moi - n'a jamais été le cas en présence d'aucune des pièces d'artillerie reconstituées que j'ai pu côtoyer, souvent admirablement refaites. MAIS, la peinture pourrait manifestement être entièrement revue dans bien des cas (pas compliqué ni coûteux).

ATTENTION ! N'utilisez pas d'huile de lin (ou de noix) « crue »… Il faut que l'huile subisse un traitement préalable qui la rende siccative : soit sels métalliques (litharge), soit cuisson seule, soit ensoleillement, me contacter pour les recettes de cuisson de l'huile !
(Avec une huile correctement traitée à l'ancienne, la peinture sera sèche au toucher le lendemain, l'apprêt du bois est important aussi, les charrons utilisaient du blanc de céruse en 2 ou 3 couches !)

Amicalement
B.Masson

// SUITE //
Récapitulatif au sujet du "gros-vert" pour l'artillerie (dit aussi "vert olive) :

L'idée de base de l'expérience, était de se faire une idée sur la couleur historique et aussi de s'interroger sur les couleurs aussi diverses que variées utilisées en reconstitution.
On a vu que peu de couleurs « tonales » étaient conformes, elles sont même presque toutes complètement erronées.

On constate également, à propos des rares qui sont dans la bonne couleur tonale, que la teinte est souvent très claire.
Les variantes en dégradé d'ocre vers le clair, semblent souvent un peu réalisées « à la Balzen » (Monsieur plus), il serait donc intéressant de se faire également une opinion sur cette notion de : « nuance qu'on veut », indiquée par le règlement.
A priori, cette notion semble vague, l'est-elle vraiment ? Et ces couleurs claires sont-elles bien fondées ?

Pour me faire une idée, j'ai donc rajouté des quantités d'ocre croissantes à la couleur gros-vert que j'avais obtenu précédemment (proportions en volume) :
Image

À droite du nuancier, vous voyez qu'en rajoutant la même quantité d'ocre à une quantité donnée de gros-vert, la différence est à peine discernable (on vient pourtant d'ajouter le double de la dose d'ocre prescrite ou deux fois moins de noir que prescrit par le règlement !!!)

Et pour obtenir des couleurs similaires aux teintes les plus claires rencontrées en reconstitution, il faut se diriger à la gauche du nuancier, et donc utiliser une quantité d'ocre 9 fois supérieure à celle prescrite (ou neuf fois moins de noir).

Ma conclusion (qui n'engage que moi) est que si le règlement est un peu flou sur la notion de « nuance », c'est que la latitude d'action est en fait, très, très faible !
Imaginez qu'un règlement vous conseille d'utiliser 2,5 kg d'ocre et que pour une question de nuance (autorisée) vous en ajoutiez 20 kg, auriez-vous réellement le sentiment d'avoir « nuancé » ? ?
La question est posée et ma réponse est : non !

Ce qui explique, appuie, conforte et confirme, l'appellation « gros-vert » utilisée dans le règlement et qu'on retrouve dans des dictionnaires du XVIIIe (google livre) qui - comme « gros-bleu » - signifie un vert ou un bleu très foncé !

J'ai donc bien peur que les « ceusses » qui avaient la bonne couleur mais un peu claire, n'aient eux aussi à revoir un peu leur copie.
Cette couleur doit manifestement être très foncée.

Voilà !
Dernière édition par Masson le Ven 20 Juil 2012 : 18:31; édité 22 fois
« La perte d'espoir, plutôt que la perte de vies humaines, est le facteur qui décide vraiment des guerres, des batailles et même des combats les plus minimes. »
Basil Henry Liddell Hart, 1895-1970

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Re: couleurs des canons français

Message par Titi » mar. 12 janv. 2021 16:37

Bé c'est celui que j'avais mis en lien, Thierry :D

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Re: couleurs des canons français

Message par Père Castor » mar. 12 janv. 2021 20:14

Bonsoir Titi,
Oui, je sais, ma première phrase est peut-être incompréhensible, j'aurais dû mieux expliquer ma démarche. 8-)
J'en ai profité pour « nettoyer » le texte, j'espère qu'il est plus clair ainsi. :)
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Re: couleurs des canons français

Message par lionelrus » lun. 18 janv. 2021 18:44

Bon ben en gros, ocre+ noir= (gros) vert qui est vert bouteille foncé.
OK!

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Drouot
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Re: couleurs des canons français

Message par Drouot » lun. 18 janv. 2021 20:12

Merci Père Castor !
Jamais je n'aurai osé mélanger de l'ochre avec 25g de noir fumée sans que ma femme n'appelle le 15 immédiatement.
Heureusement, quelqu'un l'a fait, expliqué et démontré pour moi.

Bravo à toi pour ton site et ton savoir napoléonien sans limite (vraiment).

Vive Silex & Baïonnette ! Pas une règle selon moi , mais un simulateur de l'Empire, tellement c'est précis.

Amitiés.

Francis (qui a joué avec toi dans le Nord il y a très longtemps)

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